ENQUETE SANTE : se soigner en Guinée, quelle affaire !...

Après 58 ans d’indépendance, la Guinée n’a toujours pas un système sanitaire digne de ce nom. L’épidémie d’Ébola qui a sévi durant deux années consécutives et qui a fait des ravages, est là pour nous le rappeler. Les plus nantis ou les hauts commis de l’Etat préfèrent aller se soigner au Sénégal voisin, au Maroc ou à Paris. Pour le citoyen lambda, c’est faire le choix entre mourir chez soi ou à l’hôpital. GCI vous propose un bref aperçu des difficultés rencontrées par les malades dans les centres hospitaliers guinéens.

Comme la plupart des secteurs clés du développement, le système sanitaire guinéen est miné par la corruption, l’affairisme, l’incompétence et la médiocrité de certains services sanitaires. Mal équipé avec un personnel pas toujours bien formé, Ebola a mis au grand jour toutes les suffisances d’un système que pourtant l’initiative Bamako des années 90 avait boosté.

Mettre en danger la vie des malades
Mais, présentement dans les hôpitaux guinéens, le serment d’Hippocrate  est héla souvent violé par des médecins rongés par l’appétit du gain jusqu’à enterrer leur sacerdoce, qui les oblige pourtant à sauver la vie. Hélas l’humanité a foutu le camp chez certains, laissant la place à l’affairisme quitte à mettre en danger la vie des malades ou à les laisser mourir tout simplement sans broncher. 

L’exemple le plus éloquent est le cas de cette jeune femme sur le point d’accoucher, qui a été abandonnée à elle-même à Donka, dans la souffrance jusqu’à ce que mort s’en est suivie. Les exemples sont nombreux et la plupart de ces drames se passent dans le silence complice de certains personnels sanitaires ou de parents fatalistes.

En près de six décennies d’indépendance, la Guinée ne dispose que de trois grands centres hospitaliers publics dans la capitale : les CHU de Donka et Ignace Deen et, tout récemment le centre hospitalier de kipé, fruit de la coopération sino-guinéenne. Les deux premiers sont vétustes et vieillissants, d’où la rénovation de l’hôpital Donka, heureusement encours. Mais ces trois hôpitaux ne peuvent pratiquement pas répondre à la demande de toute la population même de la zone de Conakry. Sans oublier que les Guinéens de nombreuses préfectures viennent souvent en dernier recours pour s’y soigner. Autant que possible.

Ces fameux ‘’docteurs’’ et leurs patients

En dépit du déficit d’hôpitaux publics, les soins qui y sont administrés laissent à désirer. A Donka et Ignace Deen, il n’est pas rare de rencontrer des stagiaires qui sont affectés par les médecins titulaires à administrer des soins aux patients. Ce qui au vu de leur niveau de connaissances est extrêmement grave et fait ravage dans ces hôpitaux qui se sont transformés quelques fois en de véritable boucheries humaines.

Ces fameux ‘’docteurs’’ en question passent le plus clair de leur temps dans des cliniques privées qu’ils ont réussi à mettre en place grâce au racket des patients et aux jeux d’intérêts. DM s’est fait consulter par un médecin à Ignace Deen, à son immense surprise, celui-ci lui recommande automatiquement d’aller faire ces examens dans une clinique bien précise et connue de son traitant. Il comprend tout de suite le jeu, celui de l’intérêt. 

CK lui, a fait des prélèvements pour des examens, il a déboursé, tenez vous bien, 335.000 Gnf ! Pour quatre examens et cela fait près d’une semaine qu’il attend ces résultats, il a beau clamé au laborantin que
les résultats sont urgents, ce dernier n’en a cure et lui rétorque à chaque fois : «Ce n’est encore prêt, veuillez patienter ». Jusqu’à la mort peut être. C’est surréaliste mais K. nous explique : «A Ignace Deen, lorsque
nous amenons un malade nous sommes obligés de payer une somme qui varie de 5000 à 10.000 Gnf à l’entrée pour accéder à l’enceinte de l’hôpital, ensuite nous achetons le carnet qui fait office de prix de
la consultation, et chaque fois c’est comme ça ! »
martèle la jeune demoiselle. 

M. est quant à lui un jeune guinéen diplômé sans emploi, il est tombé malade, et est allé à l’hôpital pour se faire consulter. Une fois le diagnostic établi, il souffrirait selon le médecin d’insuffisance cardiaque. Le médecin lui prescrit alors une ordonnance. Il achète les premiers produits et commence le traitement mais, étant instruit et curieux, il décide de faire une recherche sur cette maladie et son traitement sur Internet, sur des sites.spécialisés. Et là, il se rend compte que le traitement que lui propose le médecin est complètement inadapté, voire risqué, pouvant aggraver sa maladie. Il décide alors d’arrêter le traitement et d’aller voir un autre médecin. Ainsi vont parfois, les traitements dans nos hôpitaux. On se demande alors quel aurait été le sort de la pauvre vielle femme en provenance du village et dans la même situation ? 

L’hôpital sino guinéen, nouveau centre hospitalier qui semble être celui répondant sur le plan de la construction aux normes d’un hôpital moderne n’est pas en reste. Au delà de ce cliché, c’est à peu près le même schéma. On est obligé par exemple de débourser un montant variant entre 50.000 et 130 000 francs guinéens pour une simple consultation. Si on ajoute à cela les éventuels examens médicaux, l’addition pourrait rapidement monter à 200.000 voire 300.000 Gnf ! Pour le commun des Guinéens ce n’est point une sinécure !

Chaque jour ce sont des millions et des millions de francs guinéens qui entrent dans les caisses de ces hôpitaux, mais vraiment à quoi sert cet argent ?

En attendant d’y voir beaucoup plus clair, l’on peut se réjouir de la décision du gouvernement guinéen de construire de nouveaux CHU dans certaines grandes capitales régionales et d’édifier dans la commune de Matoto un nouvel hôpital de proximité.  

Salématou DIALLO pour GCI

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